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lundi 30 mars 2015

Le Bouquinovore a lu : "2001, l'Odyssée de l'Espace"

A l'aube de l'Humanité, une tribu d'hommes-singes menée par Guetteur de Lune tente de survivre face aux prédateurs et aux tribus rivales. L'eau et la nourriture se font rares. Mais l'apparition d'un étrange rocher transparent semble changer la donne. Guetteur de Lune comprend qu'il peut défier son rival, Une Oreille, dont la mort devient alors un symbole de puissance...

Illustration de Donald Grant
L'année dernière, pour le festival des Culturiales, nous avions programmé le film éponyme réalisé par Stanley Kubrick. Afin de préparer le petit débat qui allait suivre la projection, il me fallait bien rattraper la lecture de ce livre (même si je n'ai terminé sa lecture que tout récemment).

Même si la trame générale de ce roman est identique à celle du film (Arthur C. Clarke s'inspire ici du scénario qu'il avait écrit avec Stanley Kubrick et l'histoire provient de plusieurs nouvelles de Clarke, dont La Sentinelle parue en 1951), il y a quelques divergences (qui sont dues très certainement au fait que l'auteur anglais a écrit son roman avant de voir le film du réalisateur américain). Malgré ce que laisse penser la présente couverture, le monolithe présent dans le livre n'est pas noir (comme dans le film), mais transparent comme du cristal. Ensuite, dans le long-métrage, le vaisseau spatial part vers Jupiter alors que dans le roman, il se dirige vers Japet, l'une des lunes de Saturne (ce qui était prévu dans le scénario original mais les effets visuels de l'époque étant ce qu'ils étaient, le rendu des anneaux de Saturne n'aurait pas été assez bon, Kubrick jugea entre-temps préférable de changer la destination). Dans le film, les deux astronautes Poole et Bowman s'isolent de HAL (CARL en V.F.) en se plaçant dans une capsule afin de décider d'une éventuelle déconnexion, mais l'ordinateur parvient à lire sur les lèvres le dialogue des deux hommes. Ici, CARL reçoit tout simplement l'ordre de déconnexion provenant de la Terre en même temps que les astronautes. Il y en a d'autres, même si ces petites différences n'enlèvent en rien les qualités intrinsèques des deux œuvres. Bien au contraire.

peinture de Robert T. McCall
Si j'ai rencontré quelques petites difficultés à entrer dans ce roman (le film de Kubrick est peut-être trop puissant), j'ai fini par mettre de côté les images fortes qui me restaient de mes multiples visions (celle de 2014 à l'occasion des Culturiales était une première pour moi sur grand écran) pour enfin entrer dans l'oeuvre de Clarke. Et si j'ai trouvé ça assez mal écrit au tout départ, cette impression a fini par s'estomper. Parce que si Clarke ne part pas dans des envolées lyriques, il sait tout de même donner une grande part de sense of wonder (exactement ce que tout lecteur de SF cherche, en somme) pour expliquer l'univers. Surtout que ce roman est assez court, moins de 200 pages.

Donc, pour tous ceux qui comme moi n'ont pas eu la chance jusqu'ici de lire ce roman, je ne peux que les inviter à se plonger dedans. Il ne regretteront pas le voyage. Pour les autres, ils savent déjà de quoi je veux parler...

Le Bouquinovore

samedi 27 septembre 2014

Le Bouquinovore a lu : "Hypérion 1"

Sans qu'aucun d'eux ne sache vraiment pourquoi, sept pèlerins sont choisis par l'Hégémonie pour mener un voyage sur Hypérion, une planète où sévit une étrange créature, le gritche. Quand ils y arrivent enfin, ils découvrent un spectacle de fin du monde. Des millions de personnes affluent derrière les grilles du spatio-port, tentant de fuir comme ils peuvent la planète devenue pour eux totalement inhospitalière...

peinture de W. Siudmak

Avant de parler du contenu de ce roman, j'aimerais dire deux mots sur l'édition. Ayant entre les mains la version de 1995, celle où le roman est coupé en deux, je vais parler de celle-là. Je trouve tout simplement incroyable cette manie qu'ont (parfois) les éditeurs de couper en deux des romans. Même si parfois ça peut se justifier (taille du roman, attente trop longue, etc.), là aucun des arguments habituellement avancés pour ce genre de charcutage n'est recevable. Le roman total en traduction française fait moins de 600 pages. Quelle autre raison que le doublement des gains ? Bref, passons...

Ceci étant dit, ce roman, appartenant au cycle Les cantos d'Hypérion, se compose de six récits racontés successivement par les pèlerins. On a donc deux niveaux de lecture. Le premier, où l'on suit les personnages tout le long de leur quète vers les Tombeaux du Temps. Le second, qui mène le lecteur dans les histoires vécues (ou non) par les protagonistes. C'est d'ailleurs ce deuxième plan qui donne de la profondeur au roman. Le tout est tissé de main de maître par un Dan Simmons, dont c'était ici l'un de ses premiers romans. C'est peu de dire que l'auteur américain écrit bien. Il a un sens de la phrase incroyable, un style impeccable totalement au service de son histoire.

Bref, vous l'aurez compris, cet Hypérion est un grand classique de la Science-fiction moderne que je ne regrette absolument pas d'avoir lu.

Le Bouquinovore

2001, l'Odyssée de l'espace

Oui, le Bouquinovore ne fait pas que lire, il va aussi au cinéma. La preuve :


A l'aube de l'Humanité, deux tribus pré-humaines s'affrontent autour du point d'eau. Mais l'apparition d'un fort étrange monolithe noir va bouleverser les capacités de compréhension du chef d'une des deux tribus. Celui-ci prend alors conscience que l'os d'un animal peut servir à tuer, d'abord pour chasser et ainsi se nourrir, puis pour détruire la vie de l'adversaire...




2001, l'Odyssée de l'espace (1968, 2h19), film américano-britannique de Stanley Kubrick, avec Daniel Richter, Keir Dullea, Gary Lockwood, William Sylvester, Douglas Rain...

Programmé à l'occasion des premières Culturiales qui ont eu lieu à la fin du mois de juillet 2014, c'était pour moi l'occasion de voir enfin 2001 : A Space Odyssey sur grand écran. Et, last but not least, grâce au débat qui s'en est suivi, de comprendre quelque chose à ce que d'aucuns considèrent comme un chef d'oeuvre.

Basé sur une nouvelle de l'auteur britannique de science-fiction Arthur C. Clarke, La Sentinelle, le scénario de ce film a conjointement été écrit par ce dernier et Kubrick lui-même (Clarke écrivait en parallèle le roman qui sortira l'année suivante). Ce qui fait qu'il existe quelques différences entre les versions filmées et écrites, notamment cette idée de monolithe noir qui se trouve être un cristal dans le bouquin.

Stanley Kubrick aimait se confronter aux films de genre. Après les films de guerre et le film noir, il voulait se lancer dans la science-fiction. Mais, fidèle à lui-même, il ne voulait pas réaliser un long-métrage de SF comme les années 50 et 60 en ont montré tant. Il désirait débarrasser le genre de toute la quincaillerie un peu ringarde et des clichés vus et revus. En collaborant avec un auteur reconnu qui était aussi un scientifique, c'était aussi un moyen pour Kubrick de ne rien laisser au hasard. Comme d'habitude pourrait-on dire. Les thèmes importants abordés dans ce film sont, entre autres, l'évolution, l'intelligence artificielle ou la vie extra-terrestre. C'est peu de dire que les trouvailles de Kubrick (monolithe noir, ordinateur HAL 9000) ont durablement marqué la culture populaire et que le cinéma de SF a, par la suite, été très largement influencé par ce film charnière.

En fin mélomane qu'il était, Kubrick a habillé son film d'une bande originale pour le moins marquante. C'est là encore une habitude chez lui.

Au final, 2001, l'Odyssée de l'espace demeure un film hermétique qui vaut comme un spectacle total. Trois-quart de ce long-métrage sont sans dialogue et le spectateur doit souvent faire un effort pour resté éveillé. Pourtant, c'est un film qui fait date, tant dans la SF que dans le cinéma en général. Comme son nom l'indique, Kubrick nous offre une odyssée spatiale que l'on ne peut pas classer dans le space opera. parce que, justement Pourtant, tous les space op' réalisés par la suite ont puisé à cette source.


Le Bouquinovore

mercredi 20 août 2014

Le Bouquinovore a lu : "Les Solariens"

Les humains sont en train de perdre la guerre contre les Doglaaris, cette espèce "extra-terrestre" belliqueuse. En effet, les "Dogs" ont un avantage sur les humains, le nombre des vaisseaux inter-galactiques qu'ils possèdent, et qu'ils n'hésitent pas à perdre par centaines dans le simple but de gagner la guerre. Le seul espoir de l'espèce humaine ? Forteresse Sol... Une part de l'humanité primordiale qui, trois cents ans plus tôt, a choisi de se replier sur le système solaire d'où a essaimé les êtres humains. Et si cette Forteresse Sol n'était qu'une légende ? Et s'ils avaient finalement décidé de ne plus s'intéresser à leurs frères...

illustration de Manchu


Quand on commence l'oeuvre d'un auteur, on se demande si le mieux n'est pas de lire son tout premier roman. Ce n'est pas toujours évident, d'autant que ledit bouquin n'est pas forcément disponible. Mais là, il s'agit d'un auteur encore vivant, ce qui aide je pense à sa visibilité. D'autant qu'il a été souvent ré-édité sous nos latitudes. Les Solariens est donc le tout premier roman de Norman Spinrad, un auteur très engagé à gauche (voire un peu plus), qui n'a pas toujours trouvé sa voie (sa voix ?) dans son pays d'origine. Voici deux ans, j'ai d'ailleurs pu brièvement échanger quelques mots avec lui. C'est un homme charmant, réservé, qui cache sous ses dehors de petit bonhomme fragile une force incroyable...

Je sais de source sûre que ce roman n'est pas le meilleur écrit par Norman Spinrad. Je suis tout à fait prêt à croire cet avis autorisé qui est issu de quelqu'un qui, visiblement, connait bien l'oeuvre du Monsieur. Bien sûr, on pourrait arguer qu'il s'agit-là d'un premier roman (même si, avec la chronique littéraire précédant celle-ci, l'argument n'est pas forcément recevable) pour expliquer ce fait. Mais je ne vais pas faire toute cette chronique sur les faiblesses de ce Les Solariens. Il ne le mérite pas je trouve.

Publié pour la toute première fois en 1966, ce roman se situe dans un contexte socio-politique assez particulier. En effet, aux Etats-Unis, nous sommes en plein dans le flower power (à un an du fameux Summer of Love), mouvement de contestation de la jeunesse américaine contre, entre autres choses, l'intervention de leur pays au Viet-Nâm. Parce qu'en lisant Les Solariens, cela m'a paru évident que Spinrad parlait de ça. Une guerre interminable et stupide où l'état-major continue à engager le combat, malgré l'inéluctabilité du résultat final, somme toute catastrophique. Et puis, ces Solariens, ce sont les hippies bien sûr ! Éloge de l'amour libre, usage de stupéfiants... Et surtout une philosophie du pacifisme à toute épreuve. Il est clair que l'auteur américain voulait, par ce court roman (à peine plus de 220 pages), mettre sa pierre à l'édifice du mouvement anti-guerre qui gonflait dans son pays. Quoi de mieux qu'un roman de science-fiction qui, sous couvert d'ailleurs et de demain, ne parle que d'ici et de maintenant. Le maintenant du Norman Spinrad de 1966.

Alors Les Solariens n'est peut-être pas le chef d'oeuvre de la littérature du XXème siècle, mais il se laisse tout à fait lire et il nous fait réfléchir tout en nous projetant loin de notre quotidien. Il s'agit d'un bon roman de space opera tel qu'on aimerait en lire plus souvent. Pas prise de tête dans la forme, mais avec ce minimum de fond pour ne pas laisser un arrière-goût d'inutilité à sa lecture.

Le Bouquinovore

samedi 19 juillet 2014

2001, l'Odyssée de l'espace, de Stanley Kubrick (2/2)

Sans aucun doute un film révolutionnaire au moment de sa sortie, 2001, l'Odyssée de l'espace nous émerveille toujours. Visuellement, ce film a très peu vieilli. Il continue d'ailleurs d'être une référence que nombre de cinéastes actuels citent, pour le meilleur et parfois pour le pire. Un soin presque maniaque a été apporté à la réalisation des décors et des effets visuels (la station orbitale en cours d’achèvement reste un must du genre, donnant une touche de réalisme supplémentaire). Et, comme à son habitude, Stanley Kubrick nous donne à écouter une bande originale d'une justesse incroyable. En mélomane confirmé, il a su trouver des œuvres du répertoire classique qui entre en résonance parfaite avec son film, le transcendant même souvent. Là encore, Kubrick sera
copié par des générations de réalisateurs bien moins doués que lui.


Bref, un Stanley Kubrick au sommet de son art.


2001, L’Odyssée de l’espace est, de l’aveu même de son auteur « une expérience non verbale de deux heures et dix-neuf minutes avec seulement à peine quarante minutes de dialogue. J’ai essayé de créer une expérience visuelle transcendant les limitations du langage et pénétrant directement jusqu’aux couches du sous-conscient avec sa charge d’émotion et de philosophie. J’ai voulu que ce film soit une expérience subjective intense pouvant atteindre le spectateur à son niveau le plus intime, à la manière d’une œuvre musicale. »


2001, L’Odyssée de l’espace a été, dès sa sortie, accueilli avec enthousiasme, notamment par les spectateurs les plus jeunes, mais aussi par les cinéastes. On raconte que Charles Chaplin aurait pleuré pendant la projection à Londres. En Italie, Federico Fellini a écrit à Kubrick un long télégramme d’admiration. Un club de fans de 2001 s’est alors constitué, comptant dans ses rangs des noms aussi prestigieux que Roman Polanski, Richard Lester ou Franco Zefirelli. Son succès n’a jamais été démenti et le film est devenu culte, un véritable phénomène culturel, un classique populaire aussi représentatif d'une époque et d'un genre que le King Kong de Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper…



Rappelons pour l’anecdote que Stanley Kubrick ne prenait jamais l’avion. Pour revenir d'Angleterre (là où il vivait la plupart du temps) jusqu’aux USA, il voyageait… en bateau !


*

La projection à Bagnères de 2001, L’Odyssée de l’espace, au cinéma Le Maintenon et sous l’égide du réseau de programmation Le Parvis, se fera le samedi 26 juillet et sera suivie d’un débat.








Miguel Bravo et le Bouquinovore.

vendredi 18 juillet 2014

2001, l'odyssée de l'espace, de Stanley Kubrick (1/2)

Une œuvre majeure du cinéma du XXème siècle


Le thème phare des Culturiales de l’été 2014 est la Science-Fiction. La venue de l’invité d’honneur, Ayerdhal, ponctue ce thème et lui confère une dimension stellaire. Même si, actuellement, l’écrivain français axe plutôt sa carrière sur le polar et le thriller, il a longtemps été considéré comme l'une des figures majeures de la SF hexagonale.

L’autre point fort de la thématique SF des Culturiales, c'est la projection au cinéma Le Maintenon du film de Stanley Kybrick : 2001, l’Odyssée de l’espace. Non seulement il s'agit d'une œuvre majeure du genre qui nous intéresse ici, mais il s'agit aussi d'un jalon de l’Histoire du cinéma lui-même. Tout le monde s'accorde à dire qu'il y a un avant et un après « 2001 » !


D'après un scénario écrit en collaboration avec Arthur C. Clarke (auteur de SF britannique qui, dès 1948, a écrit La Sentinelle (publiée en 1951), la nouvelle à l'origine du scénario), Stanley Kubrick signe en 1968 l’œuvre de Science-Fiction par excellence, de par les nombreux thèmes abordés : intelligence extra-terrestre, intelligence artificielle, voyages inter-stellaires, etc. À l'époque, la volonté affichée du metteur en scène étasunien est de faire de la SF "adulte", c'est-à-dire débarrassée de la quincaillerie un peu ringarde qui émaillait les nombreux films de SF des années 50 et 60. Kubrick veut faire de la Science-Fiction réaliste et, le moins que l'on puisse dire, c'est que le résultat sur l'écran est à la hauteur de ses
ambitions.


À l'aube de l’Humanité telle qu'on la connaît de nos jours, des primates découvrent un monolithe noir qui les conduit vers une phase d’intelligence supérieure. Un des hommes-singes découvre ainsi comment utiliser un os pour… tuer le chef du clan rival !

Bien des millénaires plus tard, un autre monolithe, enfoui sous la surface de la lune, éveille l’intérêt des scientifiques. En le touchant il émet un sifflement particulièrement aigu.

Enfin, les scientifiques de la NASA, afin de mener à bien une mission inter-spatiale, créent un super-ordinateur doué d’intelligence artificielle, qui est chargé de contrôler tous les systèmes d’un vaisseau spatial habité par cinq astronautes, en route pour Jupiter...

Voilà, c'est tout pour aujourd'hui, la suite arrivera dès demain...

Miguel Bravo et Le Bouquinovore


jeudi 17 juillet 2014

Le Bouquinovore a lu : "L'Histrion"

Mais la politique a tôt fait de le rattraper, en la "personne" de Genesis, une créature-monde qui tente de fédérer l'humanité sous la bannière du Daym, sorte de contre-pouvoir face à l'hégémonie dictatorial de l'Empire. Mais l'Empereur tout-puissant est en train de mourir, bientôt remplacé par son petit-fils. Genesis veut donc faire d'Aimlin un Histrion, un rôle très important au sein du Daym. Mais Aimlin n'aspire qu'à une chose, être tranquille. Il parvient donc à fuir, redevenant Aimline... Car il/elle a un secret : el est un(e) sexomorphe...


illustration de Gilles Francescano

Voilà le tout premier roman que je lis d'Ayerdhal. Après plus de vingt ans de carrière, il était temps, me direz-vous. Oui, et c'est peu de dire que je regrette de ne pas m'être penché plus tôt sur le cas de cet auteur pour le moins attachant. Et fort sympathique dans la vraie vie. Mais n'anticipons pas.

Hommage déclaré à Frank Herbert (ce roman est sorti sept ans après la mort de l'auteur américain), L'Histrion est un plaidoyer pour la tolérance et l'individualisme (au sens stirnerien du terme, c'est-à-dire un anarchisme indivualiste ; à ne surtout pas confondre avec l'égoïsme). Pour ce qui est de l'hommage au créateur de Dune, il est plus qu'évident, même s'il n'est pas question là de planète entièrement recouverte d'un gigantesque désert et d'épice. Pour ce qui est des références les plus évidentes et transparentes (n'étant vraiment pas un spécialiste de Herbert, je me contenterais de la surface des choses), on peut juste signaler la présence d'un empereur sur-puissant (même si agonisant depuis très longtemps) et d'une caste uniquement composée de femmes, les Taj Rama, qui font très fortement penser à l'ordre des Bene Gesserit dans Dune. Ces deux entités ont une influence politique impressionnante. Une autre référence à Dune : à chaque début de chapitre, on a droit à un petit texte de Genesis, la planète pensante. Cela donne un discours méta-textuel assez éclairant.

Jeux de pouvoirs, intrigues, changements de sexes et retournements de situations font de cet Histrion un roman excellent. En plus, comme c'est vraiment très bien écrit, cela ne gâche rien au plaisir qu'on prend au long des 384 pages qui le composent. Voilà une bonne porte d'entrée dans l'oeuvre d'Ayerdhal. C'était le premier que je lisais de lui, ce ne sera pas le dernier.

L'Histrion - 384 pages - D.L. : novembre 1993


Le Bouquinovore bucolique

Invité d'honneur des Culturiales : Ayerdhal (2/4)

Comme promis, voici la suite de l'article d'hier :



Ensuite, de 1992 à 2004, ce n'est pas moins de quinze romans et recueils de nouvelles que l'écrivain va publier à un rythme effréné, dont le très bon L'Histrion, space opera qui se veut un hommage à Frank Herbert (l'auteur de Dune). Il trouvera aussi le temps de collaborer avec l'un de ses amis, le Toulousain Jean-Claude Dunyach, avec qui il écrit Etoiles Mourantes (prix Tour Eiffel et prix Ozone en 1999).





Après l'immense succès rencontré après son thriller Transparences, le sieur Ayerdhal connaît un passage à vide qui l'éloigne pour un temps de la production littéraire. Ce n'est que sept longues années plus tard qu'il revient pour lui donner une suite. Résurgences sort donc en 2010 Au Diable Vauvert, sa nouvelle maison d'édition qui ré-édite depuis quelques temps une grande partie de son ancienne production littéraire.


© René-Marc Dolhen
En 2013, il publie Rainbow Warriors, un roman encensé par la critique. Mettant en scène une armée de LGBT, ce roman impertinent et drôle a reçu le prix Bob Morane en 2014.




En 2014, Ayerdhal revient avec Bastards, un thriller aux limites du fantastique, où l'on suit un jeune auteur à succès en panne d'inspiration. Suivant les bons conseils de Colum McCann himself, il décide de s'intéresser à une étrange vieille dame toujours accompagnée de chats et qui se débarrasse avec facilité de loubards qui sévissent dans les rues de New York... Un roman percutant et sensuel qui emmène le lecteur vraiment très très loin.



Nous allons revenir très bientôt pour vous parler de nouveau de notre invité d'honneur...


Le Bouquinovore bucolique (sur une trame de Miguel Bravo)

mercredi 16 juillet 2014

Le Bouquinovore a lu : "Demain, une oasis"

Médecin de formation et fonctionnaire planqué dans une grande administration de Genève promouvant la conquête spatiale, un homme est kidnappé et se retrouve quelques jours plus tard dans un camp au beau milieu du désert, très certainement en Afrique. Là, ses ravisseurs lui expliquent qu'il doit aider la population locale s'il veut survivre. Dans un premier temps, il ne pense qu'à une chose : s'évader...

Jean-Marc Gourdon

Ecrit en 1992, ce roman est l'un des tous premiers d'Ayerdhal (son troisième publié, pour être vraiment précis). Réédité par les éditions Au diable vauvert en 2006, le moins que l'on plus dire, c'est qu'il n'a pas pris une ride. Bien au contraire, il est malheureusement d'une actualité brûlante (sans mauvais jeu de mots).

A la fin du vingt-et-unième siècle (ou au tout début du suivant, ce n'est pas vraiment explicité), les pays occidentaux connaissent un nouveau boom économique grâce à l'essor spatial : stations orbitales de type Lagrange, exploitation minière d'astéroïdes, colonisation du système solaire par l'espèce humaine, etc. Le gros problème de cette société du futur décrite par petites touches par l'auteur, c'est que si les pays occidentaux connaissent un regain de croissance et de confort matériel, c'est loin d'être le cas de tout le monde sur la planète. Un peu comme maintenant, me direz-vous. Oui, exactement, mais peut-être de manière exacerbée. Le grand questionnement de ce roman, c'est justement de se demander pourquoi les pays riches vont coloniser et, pourquoi pas, terraformer des planètes aujourd'hui hostiles à l'homme, comme Mars, ou même Vénus, alors que la Terre elle-même connait des lieux inhospitaliers, parce que recouverts de déserts, et où les gens meurent de faim. Pourquoi donc aller dépenser des milliards pour une entreprise qui, au final, ne bénéficiera qu'à une toute petite partie de l'espèce humaine ? Cette réflexion transposée dans un monde futur plus que probable n'est que le reflet, à peine déformé, de ce qui se passe actuellement sur le globe, en 2014. Mais n'est-ce pas la le propre de toute bonne oeuvre de Science-Fiction ? Parce que même si ce livre est présenté par le nouvel éditeur du romancier (Ayerdhal est très fidèle aux éditions Au diable vauvert depuis ce roman-ci, justement) comme un thriller (ce qu'il est, par bien des aspects), c'est avant tout un roman de Science-Fiction, et un très bon.

Au final, c'est peu de dire que j'ai beaucoup aimé ce roman, très court et très bien écrit. Les événements s’enchaînent avec une efficacité effrayante (un peu trop vite, peut-être ; parfois certains événements manquent quand même de matière pour être crédible, mais peu importe). Quand on a ouvert ce roman, on ne peut le lâcher et le dévorer d'une traite. Un livre d'un humanisme sincère (sans naïveté je pense) qui fait du bien en ces temps où dominent le cynisme et le chacun pour soi...

Un roman qui a remporté le Grand Prix de l'Imaginaire en 1993, tout à fait mérité à mon humble avis.

Demain, une oasis - Au diable vauvert - 252 pages - 17,5€ - D.L. : septembre 2006

Le Bouqinovore


Invité d'honneur des Culturiales : Ayerdhal (1/4)

© Pascale Doré
L'invité d’honneur des Culturiales de cet été 2014 est : Ayerdhal, écrivain.


Ayerdhal est né en 1959 à Lyon.


Très jeune, il a découvert l’univers de la science-fiction : son père détenait une grande collection d’ouvrages du genre. La deuxième de France par le nombre de volumes, comme se plaît à le dire l'auteur lui-même.


Ayerdhal avoue écrire de la SF parce que « la science-fiction est un puissant outil pédagogique, un véhicule idéologique non négligeable et la plus riche ex pression de l’imagination créatrice. »


Cependant, Ayerdhal ne se considère plus vraiment comme un écrivain de science-fiction à part entière. En effet, depuis une dizaine d'années, il a fait bifurquer sa déjà longue carrière vers d'autres genres, comme le polar ou le thriller. Jusqu'à présent, son plus gros succès,Transparences, s’est vendu à plus de 100.000 exemplaires (les droits audio-visuels du roman ont d'ailleurs été acquis par Jean-Jacques Annaud).





C'est en 1990, avec La Bohême et l'Ivraie, qu'Ayerdhal débute sa carrière. Cependant, ce n'est que deux ans plus tard, avec Demain,une oasis que l'écrivain français rencontrera son premier vrai succès public et critique (il reçoit son premier Grand Prix de l'Imaginaire, une consécration pour tout romancier de SF). Court roman de Science-Fiction d'une densité incroyable, Demain, une oasis est une fresque humaniste qui, tout en montrant un futur proche, nous parle de la dure réalité actuelle d'une Afrique pillée et mise à l'écart du développement économique. Puissant et incontournable.


La suite sera disponible sur le blog, dès demain.


Le Bouquinovore bucolique (sur une trame de Miguel Bravo)